Editeurs-devs, entre concentration et prise de distance

12/10/2007
Deux nouvelles économiques contradictoires dans le monde du jeu vidéo ces derniers jours, qui semblent caractéristiques d'une évolution des relations entre les acteurs.

Commençons par l'annonce qu'Electronic Arts, le controversé géant américain du jeu vidéo, poursuit sa stratégie de concentration en achetant Bioware, spécialiste des RPGs à succès (Baldur's Gate, Kotor, etc.), et Pandemic Studios (Mercenaries) pour une somme conséquente (on parle de 860 millions de dollars). Evidemment EA construit depuis des années sa croissance en phagocytant les développeurs indépendants, comme les légendaires Origin (Ultima, Wing Commander), Westwood (Dune II, Eye Of The Beholder), Bullfrog (Syndicate), Maxis (Sim City)... studios qui ne ressortent pas toujours indemnes de l'opération. Plus généralement, on assiste à un mouvement continu de concentration des acteurs du marché. Il y a quelques semaines déjà, Activision acquérait Bizarre Creations (Project Gotham Racing). Dans quelques années, verra-t-on un marché complètement dominé par une poignée d'éditeurs (au hasard EA, Nintendo, Sony, Microsoft, Activision...) ? On pense évidemment au système des majors du cinéma.

Parallèlement, un peu plus tôt, Bungie (Halo) et Microsoft ont révélé une séparation à l'amiable, le développeur rachetant ses parts à la compagnie de Bill Gates, tout en gardant avec celle-ci une relation privilégiée. On subodore que les têtes du studio avaient envie d'un peu plus d'indépendance, de s'attaquer à des projets plus personnels avant d'enchaîner sur Halo 4 (la licence appartient à Microsoft). Une sorte de gentleman's agreement pour éviter une fuite en masse des meilleurs éléments de Bungie. Face au mouvement de concentration, les développeurs, les game designers, sont de plus en plus nombreux à réclamer leur indépendance. Ainsi, au Japon, les fondateurs de Clover (Viewtiful Joe, Okami) Shinji Mikami (Resident Evil), Hideki Kamiya (Devil May Cry) et Atsushi Inaba ont quitté la maison mère Capcom pour fonder Seeds (devenu depuis Platinum Games). Un phénomène comparable s'est produit chez Square-Enix (Final Fantasy, Dragon Quest), nombre des designers les plus talentueux ayant fondé leurs propres studios, travaillant en freelance: Hironobu Sakaguchi fonde Mistwalker et s'associe avec Microsoft pour Blue Dragon , Kazushige Nojima (scénariste des Final Fantasy depuis le VII) fonde sa boîte, Stellavista, mais travaile tout de même sur Final Fantasy XIII...

Bref les créatifs et leurs éditeurs entretiennent des relations complexes, en pleine évolution... Reste à savoir si à terme cette évolution favorisera la liberté créatrice...


Martin Lefebvre


 
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