Everybody hates Sony

18/10/2006

En 2006, casse du Sixaxis. Voila ce qui semble être le mot d’ordre de la gamingosphère qui a décidé de taper sur tous les doigts possibles de Sony, de manière justifiée ou non. Une punition qui ressemble surtout à un tournant de l’industrie…

Est-il utile de revenir sur les pourquoi des comment ayant amené Sony, ses consoles, sa politique et son image si bas ? Oui, mais alors juste pour le plaisir. Envoyons la sauce en vrac :

Le prix, le prix variable selon les territoires, le retard, la typo Spiderman, les Kutaragades, la taille de la console, la chauffe supposée, l’architecture Cell, le Blu Ray, les kits de développement livrés en Juillet, le câble HDMI, les kits de développement livrés nus de toute librairie graphique, Kaz Hiraz, le pad sans vibration, le pad avec reconnaissance de mouvements mais moins bien que chez Nintendo, les jeux du lancement, les jeux après le lancement, Gran Turismo HD, Sony australie, les démos payantes, les quantités de livraison, toute la politique Sony depuis 5 ans etc.

A la relecture de ces faits, on a envie d’apporter mille et unes anecdotes, précisions, petites phrases, rumeurs, bref jeter un sot d’eau dans la grande rivière du mouvement anti Sony. Comment en est-on arrivé là ? Avec une bonne partie des faits cités précédemment, mais aussi avec la culture net qui s’est retournée contre le géant Japonais.

Ah mince, y'avait les vieux

Le problème de Sony, c’est d’avoir voulu s’orienter vers une cible de joueurs : les 25-35 ans, si possible CSP + (+). En théorie, c’est la cible la plus juteuse possible, adepte de nouvelles technologies, assez dépensière et plutôt hétéroclite en terme de consommation de jeux (je collectionne les Metal Gear Solid mais j’ai acheté tous les Singstar pour les soirées entre potes).
La leçon de la première PlayStation fut de comprendre que le jeu vidéo entrait dans son 3ème âge. Ce qui est vraiment marrant, c’est qu’à l’époque, Ken Kutaragi, devenu le grand gourou de l’industrie, prophétise que Sony ira chercher les nouveaux publics dans le futur, femmes et seniors en tête. Problème, les autres pontes de Sont n’y croient pas et préfèrent rester sur la cible plus sûre et plus juteuse des jeunes mâles urbains. La preuve en est la PlayStation 2. Bien sûr, la PS2 oriente une partie de sa production vers les filles, mais elle reste une console ciblée gamers – avec la petite copine qui y jette un œil.

Malgré un lancement raté, le monolithe ne tarde pas à s’imposer. Mais l’époque est différente. La concurrence pré-sortie est morte née (bonjour la Dreamcast) et la concurrence post PS2 est d’une maladresse rare (Salut la XBox, hey, Gamecube, ça va ?). Le facteur DVD est de plus un véritable levier à l’époque.
Problème aujourd’hui : Xbox arrive avec une offre pas sexy mais très studieuse et Nintendo a le vent en poupe (succès commercial de la DS + buzz de la Wii). Et la PS3, qui sort de manière encore plus chaotique que la PS2, se trouve plutôt démunie. Et ce n’est pas que de sa faute.

Deux règles brisées

Si la PS3 ne fait plus bander grand monde, c’est aussi parce que le Next Gen cru 2005-2006 est l’un des « giant steps » les plus faibles de l’histoire du jeu. Et que la PlayStation 3 en symbolise toutes les faiblesses.

Si l’on joue les Alain Decaux du jeu vidéo, deux grandes tendances se dessinent :

1. les grands bonds technologies arrivent toutes les deux générations
2. jamais un constructeur n’a mené le marché deux générations de suite.

Et pour vérifier ces théories :

1. Les grands bonds

Avènement de la 2D : génération 1 (NES, MSX, Master System)
Confort : génération 2 (SNES, Megadrive, NEC)

Avènement de la 3D : génération 3 (Playstation, Saturn, 3DO)
Confort : génération 4 (Dreamcast, PS2, Xbox, Gamecube)

2. Les marques au top :

Génération 0 : Atari
Génération 1 : Nintendo
Génération 2 : Sega
Génération 3 : Sony
Génération 4 : Sony

Ah ? Oui, Sony a cassé une loi, ils ont mené deux générations de suite. Cela peut sembler anecdotique, mais je pense que cela a surtout lourdement pesé dans la manière de penser le Next Gen : de manière Rentière.

N’étant pas un pure player, Sony à compris que le jeu vidéo se base sur une vingtaine de grosses licences déclinables sur le long terme. Voilà pourquoi Tekken, Ridge Racer, Resident, John Madden et autres GTA sortent inévitablement et de manière très fonctionnaire. Le but de Sony ? Revendre d’autres contenus. Du film, de la musique, du service. D’où la PSP et la PS3. Mais revenons à nos moutons.

Avec sa philosophie de la continuité et la réussite qui l’a suivi, Sony a poussé Microsoft à suivre ce mouvement et Nintendo à s’en écarter. Sur le papier, c’est malin. Si les joueurs veulent toujours plus de Eye Candy, seuls Sony et Microsoft en ont les moyens et Nintendo est out. Sur le papier, on ne change donc pas une recette qui gagne (et qui élimine au passage).

Rentiers du détail

La Next Gen est donc une génération de consoles basée sur le confort de la précédente, elle-même confort de la génération d’avant. Entre la PS1 et la PS3, rien ne change donc vraiment dans la manière de créer et d’appréhender le jeu. De manière structurelle, la promesse Next Gen est de base une déception, car elle brise la règle 1.
Que vendre lorsque l’on n’a rien de révolutionnaire ? Du détail. Le Next Gen se voit de près : plus de filtres, la mer reflète la lune en temps réel, plus de polygones, le moteur physique fait voler une vache de manière réaliste, plus de pistes sonores, la ligne de vue est plus grande, plus de pixels, les effets de lumière se reflètent différemment sur du bois ou de la peau. Qui a dit « enculeurs de mouches » ?
C’est bien simple, lorsque l’on sait que le cheval de bataille marketing de Sony et de Microsoft est la HD, on se rend bien compte qu’il y a un problème.

Dans le même temps, le game design stagne grandement autour des idées fortes : action, sport. Et pour couronner le tout, une révolution a lieu, mais pas au bon endroit. L’architecture des nouvelles consoles est en effet passionnante à long terme mais fait payer le prix fort aux développeurs. L’inflation de développeurs guette, la courbe d’apprentissage est non seulement totale mais surtout longue. Résultat, les premiers jeux de la XBox 360 sentent plus que jamais le réchauffé et ne tirent pas parti de la console. Il aura fallu attendre comme prévu un an avant de se prendre une claque (Gears Of War), et je vous garantis que la PS3 ne décrochera aucune mâchoire avant la rentrée 2007. D’où un dernier syndrôme corrollaire : l’effet de nouveauté, levier du jeu vidéo, plus que dans n’importe quelle autre industrie culturelle, est dilué. Un nouveau hardware et un an après, un jeu impressionnant.

Je me rappelle de cette fine analyse de Julien Merceron, ex Directeur Technique Monde chez Ubi qui m’expliquait en quoi Sony est presque redevable à Microsoft : sa console est si dure à programmer et si vierge de toute routine qu’un jeu PS3 sorti en même temps qu’un jeu 360 aurait été moins beau. Heureusement pour Sony, la sortie prématurée de la 360 a permis aux programmeurs de se faire les dents sur les nouvelles architectures et ainsi arriver moins nus sur la PS3…

Pas de problème, les constructeurs pensent avoir trouvé un modèle économique et technologique et veulent s’y tenir. Mais voilà. Le joueur est taquin et dans les nouvelles technologies plus que partout ailleurs, surprenant et imprévisible. Et il n’aime pas ce que le Next Gen lui promet. Et Nintendo qui n’en demandait pas tant.

Oh Wii

Car il faut se rappeler qu’il y a 2 ans, tout le monde se foutait de Nintendo. GameCube tombée dans le piège de la N64 (console de niche boudée par des éditeurs écœurés de la politique Nintendo), une DS tièdement accueillie, Sony le tout puissant (pensant)… Et le concept Revolution auquel personne ne croit, puisque personne n’en sait rien. Je soupçonne limite Nintendo d’avoir bluffé jusqu’au bout et d’avoir sorti leur nunchak’ au tout dernier moment. Il suffit de relire leurs discours des précédents E3 pour voir qu’il brassaient du vent avec pas mal de talent.

Retour sur la Wii. Ce qui ressemble presque à un aveu de faiblesse (abandon de la course à la puissance, concept isolant) s’est vite retourné en force. Parce qu’il faut avouer que le concept est excellent et parce que les concurrents n’ont pas réussi à exciter un public devenu très critique et difficile.

Et si la Wii ne sera pas la meilleure plate-forme de jeu du marché, elle apporte en tout cas l’effet de nouveauté là ou la PS3 et la 360 ont failli. Il y a deux ans, je prédisais de manière optimiste que la Wii serait une console d’appoint par excellence : très peu de joueurs n’auraient qu’une Wii, mais pas mal de joueurs ayant une 360 ou une PS3 seraient tenté par la Wii. Je n’étais pas si loin de la vérité. Aujourd’hui, la Wii est un véritable tabou chez Sony et Microsoft qui, après l’avoir considérée comme un allié contre l’autre, craignent une trop grande concurrence. De simple seconde offre, la Wii est devenue un arbitre de luxe face à deux offres trop consanguines.

Et Nintendo de rêver à plus. Ce dont je doute. Car si la console a sûrement un succès garanti, il le sera à court terme. Je suis impatient de voir comment Nintendo va gérer l’effort de guerre pour combattre le coup de mou post Noël. Si la Wii va beaucoup vous faire rire, ne risque-t-elle pas de vous lasser aussi vite ?

Un bien beau bordel

Sony dans la merde et à qui tout le monde jette des cailloux, Microsoft à qui on ne jette plus de cailloux mais qui n’excite pas vraiment, Nintendo en plein buzz mais sur une chaise très très très bancale… La notion même de numéro un du jeu vidéo risque de devenir obsolète et nous allons assister à beaucoup de revirements de situation entre le numéro un qui a posé un genou à terre, l’outsider qui veut en faire toujours plus et le troisième larron qui aurait peut-être trouvé une nouvelle terre.
Une synthèse à en tirer ? Oui, ce sera un bien beau bordel et de la génération la plus pouet pouet de l’histoire du jeu vidéo on risque de voir quelque chose de passionnant émerger.

Et pour la mode du Sony bashing ? Oh, en 2005, tout le monde vannait Microsoft (hohoho la présentation MTV de l’E3, hohoho la grosse alimentation, hohoho la rétrocompatibilité) et en 2004, Nintendo faisait rire tout le monde (hihihi la DS qu’elle est laide, hihihi la gamecube et ses 3 jeux hihihi la Revolution concept fumeux). Chacun son tour, en fait.
Dans ce joyeux bordel fusionnel, j’ai en tout cas trouvé un troisième cycle : à chaque année son souffre douleur.


Lâm Hua


 
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