Game Connection 2003

23/08/2004

Le marché du jeu vidéo en France pèse un milliard d'euros. Comme celui du DVD/VHS ou celui du disque. Pourtant, il ne bénéficie d'aucune protection particulière contrairement aux autres secteurs concernant les "œuvres de l'esprit". Raison de plus pour ne pas garder les bras croisés.

Depuis la création d'Infogrames en 1983 à Villeurbanne, Lyon n'a cessé de gagner en importance au sein de l'Europe interactive, au point d'en constituer aujourd'hui la capitale. La ville compte en 2003 35 compagnies directement liées aux loisirs numériques (30% des développeurs français) et le premier éditeur mondial Electronic Arts l'a choisie pour établir son QG européen (de même que l'anglais Codemasters). Sans parler des sièges mondiaux de Nobilis et bien sûr Atari (ex-Infogrames). Fort de ce tissu et pour prévenir une éventuelle fuite des cerveaux vers l'étranger, le Grand Lyon (organisme local chargé de promouvoir la région) réfléchit dès 1999 à la mise en place d'un club d'entreprises capable de soutenir le développement économique du secteur. Ce club s'appellera Lyon Game, et le joueur averti remarquera parmi ses initiateurs un certain Hubert Chardot, l'un des créateurs du chef-d'œuvre Alone in the Dark.

Outre sa participation à l'APOM (Association des Producteurs d'Oeuvres Multimédia), Lyon Game se donne pour mission la mise en valeur d'initiatives aux niveaux locaux et internationaux. D'où la création, en 2001, de la Game Connection. Philippe Renaudin, actuel président de Lyon Game et PDG de Doki Denki, revient sur ce lancement : "A l'époque, nous nous sommes demandé comment mettre en avant nos savoir-faire. Nous avons alors pensé à une convention d'affaires, événement auparavant inexistant dans le domaine du jeu vidéo et différent des salons comme l'E3 ou l'ECTS. Quelque chose de plus calme dans l'organisation". Le directeur de Lyon Game Pierre Carde ajoute à ce sujet que "l'idée, c'est qu'un éditeur comme EA, très efficace pour développer des jeux de foot ou des adaptations de films avec des moteurs de jeu classiques, a besoin de trouver de la créativité et de l'originalité à l'extérieur de sa propre structure".

Pas là que pour rigoler

L'édition 2003 a donc tenu salon du 18 au 20 novembre au Palais des Congrès de Lyon. Une troisième année de "consolidation des acquis" selon les mots de Philippe Renaudin. "C'est devenu un événement incontournable dans le sens où il s'agit de la seule convention d'affaires effective dans le monde du jeu vidéo". "La plupart des éditeurs notent la Game Connection un an à l'avance sur leur agenda" renchérit même très sérieusement Arnaud Blacher, directeur général de Nobilis. Côté chiffres, 75 studios de développement venant de 25 pays différents (européens pour la plupart) y ont pris part afin de rencontrer une partie des 60 éditeurs présents parmi lesquels Microsoft, Nintendo, Sega, Sony, Namco, Take 2, Activison… soit 90% des "donneurs d'ordres". En deux jours (le premier des trois étant le "Conference Day", accent mis cette année sur le online et les supports mobiles), développeurs et éditeurs auront pris un total de 1500 rendez-vous (contre 800 l'an dernier). "On n'est pas là pour rigoler, précise Philippe Renaudin dans un sourire, même si on est sur un marché plutôt sympa".

Une étude menée par Lyon Game six mois après l'édition 2002 a révélé que pour une participation fixée à 2000 euros, le retour sur investissement moyen pour les développeurs s'élevait à 200 000 euros. Olivier Masclef, directeur général de Widescreen Games qui sort ces jours-ci le jeu Star Academy édité par Monte-Cristo, témoigne : "La Game Connection génère du chiffre d'affaires. On était six au début de Widescreen contre soixante salariés aujourd'hui. L'an dernier, Monte-Cristo nous a proposé de faire Star Academy, Namco nous a signé un contrat tout de suite et un éditeur hollandais nous a même réservé un jeu AVANT le salon. Je pense que ça fonctionne bien parce que les éditeurs viennent sur notre terrain, à l'inverse des salons où on est un peu là en parasite, à attendre désespérément un rendez-vous qui ne vient jamais. Déjà ici, on ne perd pas notre temps à parcourir vingt kilomètres de couloirs !".

Créer du feedback

Bien sûr, tous les développeurs ne décrochent pas immédiatement de juteux contrats internationaux lors de la Game Connection. Après l'essai infructueux de la démo de Daarwind en 2002, Krysalide retentait sa chance cette année avec Zombies, un "survival FPS". Pour Loïc Barrier, chef de projet du studio, "la Game Connection est intéressante même si on n'obtient pas de financement tout de suite. Ça permet de se faire connaître, de prendre des contacts. C'est important pour nous car nous travaillons essentiellement en sous-traitance technique pour d'autres développeurs. Les deux trois mois qui nous restent dans l'année nous permettent de travailler sur nos propres projets". En attendant de percer, Krysalide s'occupe donc de personnages et de décors pour (entre autres) V-Rally 3 ou l'imminent Kya (Eden Studios/Atari). Philippe Renaudin, développeur avec Doki Denki, rejoint d'ailleurs cette conception des choses : "Le feedback créé par la Game Connection est important. Si les impressions sur un projet sont mitigées, on peut le stopper parce qu'il n'est pas en phase avec le marché". Une logique de l'argent roi ? "Les avancées majeures en terme de gameplay viennent souvent d'un studio qui prend un gros risque. Encore faut-il en avoir les moyens. On peut donc se rabattre sur un travail de prestataire, ce qui n'empêche pas de faire des jeux de qualité".

Désormais autofinancée, la Game Connection pourrait à l'avenir s'exporter sur d'autres continents. Pour l'heure, Lyon Game a lancé Game Connection Online, un système de contacts permanents pour les acteurs du milieu vidéoludique étrangement inédit dans un domaine pourtant technologique et connecté. Ce qui n'empêchera pas l'événement (bientôt) traditionnel de reprendre ses droits l'année prochaine.


Laurent Camite


 
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