Fallout 2

20/08/2004

Fallout, sorti en 1998, fut développé par Black Isle et édité par Interplay. Quant à Fallout 2, porté par le succès de son prédécesseur, il sortit en 1999. Dans ce dossier, je parle de Fallout 2 parce que c’est pour moi le meilleur des deux jeux, mais la plupart des remarques qui sont faites sur Fallout 2 concernent aussi Fallout. On peut par ailleurs considérer que ces deux jeux n’en font en réalité qu’un seul. Attention, Spoiler !

Sweet fifties

Il n’est pas difficile de saisir l’ambiance qui imprègne Fallout 2, il suffit de double-cliquer sur le raccourci que vous avez mis sur votre bureau et de vous envoler vers une aventure écartelée entre les années 50 et l’an 2241. S’affiche alors l’écran de chargement, le logo d’Interplay, et enfin, l’animation d’introduction, sûrement l’une des toutes meilleures animations de jeux PC à ce jour.

Une enceinte d’un autre âge diffuse A kiss to build a dream on de Louis Armstrong, aux murs, des posters de l’armée américaine et des abris anti-atomiques jaunissent lentement. La lumière s’éteint, le bruit d’une bande passant dans le projecteur et enfin, l’image parasitée qui s’affiche. Pour bien comprendre cette vidéo dans la vidéo, il faut connaître le film Duck and cover. Datant de 1951, c’était le film que l’on projetait aux écoliers américains en tant que prévention à une frappe nucléaire soviétique. La tortue Berth, toute en cartoon de l’époque, montrait aux gentils petits enfants à la touche bien rétro comment survivre à une explosion atomique : « Duck and cover »… Il est fort probable que s’accroupir et se couvrir n’aurait pu protéger les pauvres bambins contre la vitrification fatale, mais ce film « éducatif » visait sûrement à développer le patriotisme dès le plus jeune âge, et, en plein Maccartisme, à diaboliser les vilains soviets qui voulaient lancer des bombes (alors que quelques années plus tôt, les USA rendaient tristement célèbres Hiroshima et Nagasaki…) !

Donc, le film projeté dans la vidéo d’intro est en quelque sorte calqué sur Duck and Cover. Ainsi, on retrouve les personnages cartoons, nous expliquant les règles à suivre en sortant de l’abri : se mettre en ligne, porter des lunettes de protection… Et utiliser le G.E.C.K : « Garden of Eden Creation Kit », traduit par J.E.K : Jardin d’Eden en Kit, dans la version française ; sorte de valise censée recréer le monde tel qu’il était avant la guerre. On sent tout de suite les forts relents ironiques que Fallout diffuse, le film promettant un avenir radieux hors de l’abri… Mais la suite de l’animation nous montre une petite famille ouvrant la porte de l’abri pour être sauvagement massacrée par de mystérieux hommes en armures « retro-futuristes »…

Screenshot de la fin de la vidéo Le G.E.C.K.

Outre cette mise en bouche, Fallout 2, tout comme son prédécesseur, est truffé de références aux années 50. Tout d’abord le design : des épaves de voitures aux publicités et autres affiches en passant par les canettes de « Nuka Cola » («la boisson gazeuse aromatisée du monde post-nucléaire. Chaud et sans bulle») dont la forme est bien sûr inspirée de celle des bouteilles originelles de Coca Cola. Tout respire à plein nez l’époque du baby boom et des inventions farfelues. Mais c’est surtout dans la science-fiction de ces mêmes années 50 que Fallout 2, encore plus que le premier opus, trouve son inspiration. Ainsi, les animaux géants, parfois doués de parole, qui foisonnaient à cette époque, sont ici légions : scorpions géants, rats géants, taupes géantes et même mantes religieuses géantes ! Les armes à énergie adoptent elles aussi ce côté kitsch : fusils laser, pistolets à plasma dotés de réservoirs ronds et de loupiottes clignotantes… Le contexte dans lequel se déroule l’aventure est lui aussi semblable à celui des fifties : là ou l’on sortait d’une guerre mondiale pour tomber dans une « guerre froide », ici on sort d’une guerre nucléaire pour se retrouver dans le fallout : l’hiver nucléaire. Enfin, la musique d’ambiance composée de sons métalliques, de vibrations et d’échos n’est pas sans rappeler les « Drones » de David Lynch dans Eraserhead et ses autres films.

Nous voilà donc étirés entre 1950 et 2241. Gare au grand écart, ça en a troublé plus d’un qui, s’attendant à une débauche de technologie, se retrouvent avec un Tommy Gun en main entouré de terminaux informatiques semblant tout droit sortis de l’Enterprise. Mais il ne fait aucun doute que l’ambiance de Fallout est retranscrite de manière magistrale, à côté, l’héroic fantasy d’un Baldur’s Gate parait bien pâle. Il va sans dire que cette atmosphère fait écho à notre propre époque et Fallout parle aussi bien d’aujourd’hui, d’hier et de demain.


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